Voilà 200 ans, à Sorigny : un mystérieux voyageur

En ce début d’année 1809, un certain Bruzeau était employé comme domestique, depuis quelques temps déjà, au relais de poste de Sorigny, sur la grand-route d’Espagne, entre Tours et Sainte-Maure.

Dans la soirée du 22 janvier, notre homme se trouvait occupé à jardiner tranquillement à l’arrière du bâtiment quand une calèche se présenta pour changer de chevaux. Un passager, d’assez petite taille, habillé simplement, en sortit et, pressé de satisfaire un besoin naturel, se précipita vers le jardin. Une fois soulagé, l’inconnu s’approcha de Bruzeau et entama la conversation :

-Et bien, mon brave, que pensez-vous de l’Empereur ? questionna le voyageur.

Bruzeau, totalement absorbé par son travail, ne se retourna même pas et répondit avec une belle franchise :
-L’enpereur ! Parlons-en ! Il ferait mieux de ne pas faire tuer nos jeunes gens dans ses guerres inutiles ! Et puis, le prix du blé est si élevé que c’est potoyable de voir dans quelle misère sont tombés tant de pauvres gens !

L’inconnu ne répondit pas et se contenta d’esquisser un vague sourire. Avant de partir, il glissa une pièce d’argent dans la main de Bruzeau qui ne pris même pas la peine de le remercier.

Et la calèche reprit sa route, emportant son étrange passager.

Aussitôt, le maître de poste qui, de loin, avait suivi la scène entre son domestique et le voyageur, se précipita tout affolé vers Bruzeau :

– Malheureux, s’écria-t-il, tu es perdu : Sais-tu que tu viens de parler à Napoléon ?

C’était comme si, d’un seul coup, le ciel venait de tomber sur la tête du pauvre Bruzeau : aucun doute, il allait payer chèrement ses propos !

Dès lors, il s’attendit à être arrêté et jeté en prison.

Pourtant, les jours passèrent sans qu’aucun gendarme ne se présente.

Bruzeau commença à reprendre espoir…Et quand, les semaines suivantes, le prix du blé se mit à baisser, le domestique du relais poste de Sorigny crut que c’était grâce à lui. Il était persuadé que l’empereur avait écouté ses paroles. Toute sa vie, il garda cette certitude et, jusqu’à son dernier souffle, il ne cessa de chanter les louanges du grand Napoléon.

Extrait de l’Almanach Tourangeau 2009 – Edition CPE Romorantin hetch